Alger, 17 septembre 2026 (SPS)– Le quotidien "Le Jour d’Algérie" a publié, dans son édition de mercredi, un article consacré à l’utilisation par le Maroc du logiciel espion israélien Pegasus, s’appuyant notamment sur les déclarations de Mehdi Hajaoui, ancien responsable de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) marocaine, ainsi que sur les éléments révélés par des enquêtes journalistiques et techniques indépendantes sur ce logiciel.
L’article rapporte que Hajaoui, qui aurait occupé le poste de numéro deux du renseignement extérieur marocain, a évoqué, dans un entretien accordé au journal satirique français "Le Canard enchaîné", l’utilisation de Pegasus pour cibler des journalistes, des militants et des opposants, mais également des responsables politiques étrangers, dont des dirigeants africains.
Selon le récit de l’ancien responsable du renseignement marocain, Fouad Ali El Himma, conseiller proche du roi Mohammed VI, et Abdellatif Hammouchi, responsable des services de sécurité et de renseignement intérieur, figuraient parmi les principaux superviseurs des opérations de surveillance électronique. Il affirme également que des techniciens de la société israélienne NSO Group auraient présenté le logiciel Pegasus à Hammouchi à Rabat en février 2017, avant que le Maroc ne commence à l’utiliser à grande échelle.
L’article accorde une attention particulière aux déclarations de Hajaoui concernant l’espionnage de dirigeants africains lors du Sommet extraordinaire de l’Union africaine à Kigali, en mars 2018. La confirmation de tels faits soulèverait de graves questions quant à la sécurité et à la confidentialité des délibérations de l’organisation continentale, à un moment où la question du Sahara occidental et la place du Maroc au sein de l’Union africaine figuraient parmi les principaux dossiers politiques à l’ordre du jour.
Les déclarations de Hajaoui sont replacées dans le contexte des enquêtes antérieures sur Pegasus. L’article rappelle que "Forbidden Stories", en collaboration avec plusieurs médias internationaux et avec le soutien du Security Lab d’Amnesty International, a publié en juillet 2026 de nouveaux éléments concernant l’utilisation du logiciel par les services marocains.
Il fait également état de documents internes de NSO Group qui auraient identifié le Maroc comme client sous le nom de code « Morgan », ainsi que de témoignages d’anciens membres des services de renseignement marocains concernant l’utilisation de Pegasus, notamment par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST).
L’article rappelle par ailleurs que le Projet Pegasus, révélé en 2021, avait mis au jour une base de données contenant plus de 50.000 numéros de téléphone sélectionnés comme cibles potentielles, parmi lesquels figuraient les numéros de 14 chefs d’État et de gouvernement, ainsi que ceux de plusieurs dirigeants et responsables africains, ce qui, selon l’article, témoignerait de l’ampleur des opérations de surveillance attribuées au Maroc.
Parmi les éléments cités figurent notamment les numéros de hauts responsables algériens et sahraouis, ainsi que ceux de militants et de journalistes, sélectionnés comme cibles potentielles et associés au compte marocain auprès de NSO Group.
Des numéros appartenant à de hauts responsables français figureraient également dans la base de données, ainsi que celui du président sud-africain Cyril Ramaphosa, identifié comme une personne présentant un intérêt potentiel.
L’article précise toutefois, citant Amnesty International, que la présence d’un numéro de téléphone dans cette base de données ne signifie pas nécessairement que l’appareil concerné a effectivement été infecté. Une compromission par Pegasus ne peut être établie qu’au moyen d’une analyse forensique du téléphone. La présence d’un numéro constitue néanmoins, selon l’organisation, un indicateur important d’un ciblage potentiel.
Le cas gabonais
L’article consacre également une place importante au Gabon, présenté comme l’un des cas africains les mieux documentés.
En mars 2019, les numéros d’une dizaine de personnalités influentes gabonaises auraient été ajoutés à la liste des cibles potentielles, parmi lesquelles Noureddin Bongo Valentin, fils du président Ali Bongo, et son ancien directeur de cabinet Brice Laccruche Alihanga, ainsi que plusieurs figures de l’opposition, dont Jean Ping et Didier Minlama Mintogo.
L’article souligne que cette liste réunissait à la fois des personnalités proches du pouvoir et des figures de l’opposition, dans un contexte de crise politique et de lutte pour le pouvoir au Gabon.
Il cite également un ancien responsable du renseignement marocain, utilisant le pseudonyme « Safir », selon lequel Rabat envoyait régulièrement des agents de renseignement au Gabon, à raison d’environ 20 agents tous les six mois, dans le cadre d’une coopération sécuritaire étroite.
Au-delà du renseignement, une stratégie d’influence ?
L’article conclut que les éléments concernant Kigali et le Gabon soulèvent une question plus large sur la nature de l’utilisation des technologies de surveillance marocaines en Afrique : s’agissait-il uniquement de recueillir des renseignements, ou ces outils s’inscrivaient-ils dans une stratégie plus vaste d’influence politique et diplomatique ?
La possession d’informations confidentielles sur les communications de hauts responsables africains pourrait en effet revêtir une importance stratégique dans un continent où s’entrecroisent les enjeux sécuritaires, économiques, énergétiques, les ressources naturelles et les rivalités géopolitiques, ainsi que la question du Sahara occidental.
L’article estime enfin que l’espionnage présumé de dirigeants africains lors d’un sommet officiel de l’Union africaine ne saurait être considéré comme une simple affaire bilatérale. Une telle pratique concernerait directement la sécurité et la confidentialité des travaux de l’organisation continentale ainsi que la confiance entre ses États membres.
Il pose ainsi une question fondamentale : l’Union africaine a-t-elle effectivement enquêté sur ces allégations, ou cette affaire a-t-elle été laissée sans investigation ? (SPS)
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